" Regarder la vie avec attention,
C’est découvrir que la beauté
Se cache dans les choses les plus simples :
Un jardin après la pluie,
La lumière du matin sur une fenêtre,
La présence silencieuse d’un animal ou d’un être aimé. "
Colette
" Regarder la vie avec attention,
C’est découvrir que la beauté
Se cache dans les choses les plus simples :
Un jardin après la pluie,
La lumière du matin sur une fenêtre,
La présence silencieuse d’un animal ou d’un être aimé. "
Colette
"C’est
la magie seule du passé qui me ramène et me tient là, les yeux clos - le passé
sur lequel je me penche comme sur une tasse fumante et noire d’où montent,
enlacés en anneaux bleus de vapeur, le souvenir, le sommeil, le mirage, le
regret... Le passé, le beau passé rayé de soleil, gris de brume, enfantin,
transparent, fleuri de joies sans éclat, meurtri de chagrins si chers... Ah !
Ressusciter ce que je fus !... Quelle femme n’a espéré le miracle ? Revivre
tout ce qu’il y a dans un cœur d’enfant, savourer à nouveau ce qu’il a contenu de sagesse, de pudeur, de
diplomatie, de méfiance, - fixer et décrire le merveilleux instinct qui conduit
un enfant à taire ce qu’il doit cacher -, l’instinct qui le contraint à
demeurer pour tous un enfant, alors que retranché derrière son visage inachevé,
abrité par ses cheveux libres et son petit corps bondissant, il voit, il pense
gravement, mûrement, il juge, il souffre avec une discrétion fière".
Colette
Le Passé
Je me
fais sauvage et muette
Quand je
ne suis pas heureuse ;
C’est que
je trouve mes ressources
Dans le
silence.
Colette
Le 3 août 1954, Colette mourait au Palais-Royal.
Quelques mois plus tôt, elle écrivait :
"Je
voudrais bien...
1°
recommencer...
2°
recommencer...
3°
recommencer...
En y réfléchissant, il me semble que ça n'a pas
toujours été commode, ces soixante-dix neuf ans
. Mais comme c'était court !"
« Quand
j’étais petite, une grande sagesse précoce m’envoya, au plus beau de mes joies,
plusieurs avertissements mélancoliques, d’une amertume savoureuse au-dessus de
mon âge. Elle me dit… Vous pensez à une belle dame en blanc avec un diadème,
qui m’apparut parmi l’obscur feuillage du vieux noyer ? Pas du tout ! C’était
simplement, banalement, la « voix secrète », une immobilisation presque
douloureuse de ma pensée, de tout mon petit animal bien portant, excité et
repu, une porte entrouverte qui pour les enfants de mon âge demeure d’habitude
fermée… Elle me disait : « Vois, arrête-toi, cet instant est beau ! Y a-t-il
ailleurs, dans toute ta vie qui se précipite, un soleil aussi blond, un lilas
aussi bleu à force d’être mauve, un livre aussi passionnant, un fruit aussi
ruisselant de parfums sucrés, un lit aussi frais de draps rudes et blancs ?
Reverras-tu plus belle la forme de ces collines ? Combien de temps seras-tu
encore cette enfant ivre de sa seule vie, du seul battement de ses heureuses
artères ? Tout est si frais en toi que tu ne songes pas que tu as des membres,
des dents, des yeux, une bouche douce et périssable. Où ressentiras-tu la
première piqûre, la première déchéance ?… Oh ! souhaite d’arrêter le temps,
souhaite de demeurer encore un peu pareille à toi-même : ne grandis pas, ne
pense pas, ne souffre pas ! Souhaite cela si fort qu’un dieu, quelque part,
s’en émeuve et t’exauce !… »
Colette,
La Retraite sentimentale (1907)
Dans un quartier de mésanges, dont
Je fais au printemps mes délices,
Le plus intelligent des oiseaux libres, fait,
A l’homme, le maximum d’avances.
Si je m’arrête, les mésanges descendent au-dessus
De ma chienne qu’elles toisent et
interrogent.
L’époque des nids les voit folles de joie, belliqueuses,
Ivres de confiance et de
témérité…
Leur voracité d’échenilleuses est incomparable.
Elles grimpent en spirale comme des rats,
Collées à la branche qu’elles visitent,
Et ne laissent pas une larve, pas
un puceron vivant.
Ce peu de bleu sur l’aile, ce petit béguin
noir noué sous le menton,
L’œil vif, les airs de tête, la coquetterie, il n’est pas un détail
De la mésange, de son nid, de
ses œufs, qui ne nous ravisse.
Sidonie
Gabrielle Colette
Le Journal de Colette
"Une
tombe, ce n'est rien qu'un coffre vide. Celui que j'aime tient tout entier dans
mon souvenir, dans un mouchoir encore parfumé que je déplie, dans une
intonation que je me rappelle soudain et que j'écoute un long instant, la tête
penchée... Il est dans un court billet tendre dont l'écriture pâlira, dans un
livre usé que flattèrent ses yeux, et sa forme est assise à jamais, pour moi, —
mais pour moi seule — sur ce banc d'où il regardait, pensif, bleuir dans le
crépuscule la Montagne aux Cailles..."
Colette
La
Retraite sentimentale