mardi 17 février 2026

On ne Voit Bien Qu'avec le Cœur

 




Je Suis Fort

 




Un soir au Casino de Paris

 



"Un soir au Casino de Paris, une petite fille assise au

 Premier rang capte mon regard. Elle est grave, digne et belle.

"Accompagnée de sa mère, de sa tante et de sa grand-mère.

"Je m’approche d’elle et je me mets à lui parler.

 À lui improviser une déclaration :

"Je suis un baladin, un poète et, ce soir, tu es mon égérie."

"Je lui parle d’amour, de l’amour véritable. Je lui dis qu’elle

 Doit avoir confiance dans la vie, qu’elle est plus bell

 Qu’une princesse, qu’elle est une reine :

"L’amour, c’est délicat, c’est fin, c’est joli, c’est passionnant.

"Un jour, tu rencontreras un prince, très charmant, qui t’aimera profondément. Et sa tendresse, et son respect, seront comme autant de cadeaux de la vie que tu mérites." Son regard appelait tous ces mots en moi, il réveillait le petit garçon de Chelles qui aimait toute la pureté de son âme d’enfant. La salle elle aussi, était gagnée par une sorte de beauté et gravité. Après le concert, la fillette est venue me voir en loge, avec sa mère, sa tante, sa grand-mère. Et je lui ai parlé, encore. Elle écoutait sans rien dire. Quand elle est sortie, elle m’a lancé un regard d’une profonde intensité. Quelques jours plus tard, j’ai reçu une lettre de sa mère, une autre de sa tante, une troisième de sa grand-mère... me racontant son histoire. La petite fille avait été violée. Depuis des mois, peut-être un an, elle ne prononçait plus un mot. Plus un seul. Le lendemain du concert, au petit déjeuner, elle s’était soudainement remise à parler....

"Être artiste, c’est aussi savoir s’ouvrir vers la jeunesse, savoir comprendre les enfants. C’est même peut-être ce qu’il y a de plus beau… Les comprendre, en les respectant infiniment. Chaque jour, dans chaque coin du monde, l’enfance est bafouée. Violée. Comment peut-on violer un enfant ? Ceux qui le subissent se sentent salis. En même temps, ils se sentent coupables. C’est fou. Je le sais : je l’ai vécu. Pas besoin d’épiloguer. La seule chose à dire, c’est que, en aucun moment, aucun d’eux ne doit se sentir coupable.

Surtout pas. C’est l’adulte qui a le pouvoir, qui en use, en abuse, et c’est juste dégueulasse. Il emprisonne l’enfant dans le silence. Barbara a très bien dit cela."


Jacques Higelin

Ne Répondez pas ....

 



Une Route Propre

 




Le dessin du Jour, Bis

 



En Attendant et Pendant l’Hiver,