Lire,
cela s’apprend à l’école.
Aimer
lire…
Le temps
de lire est toujours du temps volé.
(Tout comme le temps d’écrire, d’ailleurs,
ou le temps d’aimer.)
Volé à
quoi ?
Disons,
au devoir de vivre.
C’est
sans doute la raison pour laquelle le métro – symbole rassis dudit devoir – se
trouve être la plus grande bibliothèque du monde.
Le temps
de lire, comme le temps d’aimer, dilatent le temps de vivre.
Si on
devait envisager l’amour du point de vue de notre emploi du temps, qui s’y
risquerait ? Qui a le temps d’être amoureux ? A-t-on jamais vu, pourtant, un
amoureux, ne pas prendre le temps d’aimer ?
Je n’ai
jamais eu le temps de lire, mais rien, jamais, n’a pu m’empêcher de finir un
roman que j’aimais. La lecture ne relève pas de l’organisation du temps social,
elle est comme l’amour, une manière d’être.
La
question n’est pas de savoir si j’ai le temps de lire ou pas (temps que
personne, d’ailleurs, ne me donnera), mais si je m’offre ou non le bonheur
d’être lecteur.
Daniel
Pennac, Comme un roman (1992).