lundi 15 juin 2026

Rappelle Toi

 




On Naît Seul

 




Univers Artistique Éclats d’Art

 




On Peut Être Vieux

 




" On peut être vieux à vingt ans, si on est fatigué de vivre, 

Et jeune à quatre-vingts si on a envie de découvrir encore. "


Romain Gary, La Vie devant Soi


Le Lucarne Cerf-Volant

 




Un soir de juin, un énorme insecte noir traverse le jardin dans un vol lourd et bruyant, arborant ce qui ressemble à deux cornes de cerf. Premier réflexe : la peur. Pourtant, tu viens de croiser le plus grand coléoptère d'Europe — un géant inoffensif, et l'un des plus précieux gardiens de tes vieux arbres.

 

Le lucane cerf-volant (Lucanus cervus) doit son nom aux mandibules spectaculaires du mâle, qui rappellent les bois d'un cerf et peuvent atteindre le tiers de son corps. Impressionnantes, mais trompeuses : ce ne sont pas des armes contre nous. Elles servent aux joutes entre mâles, qui s'affrontent et se soulèvent comme des cerfs en rut pour conquérir une femelle. Le lucane ne pique pas, ne mord pas : tout au plus un mâle peut-il pincer légèrement si on le saisit. La femelle, plus petite, n'a que de courtes mandibules.

 

Mais le vrai prodige est sous terre, et il dure des années. Avant de voler quelques semaines, le lucane a passé cinq à six ans à l'état de larve — un gros ver blanc — à se nourrir exclusivement de bois mort : souches en décomposition, vieilles racines mortes de chênes et autres feuillus. Contrairement au ver blanc du hanneton, il ne touche pas aux racines vivantes : c'est un décomposeur, pas un ravageur. Il transforme le bois mort en humus, recyclant le bois que plus rien d'autre ne sait digérer.

 

C'est pourquoi sa présence est un signal précieux : là où vivent les lucanes, il y a du vieux bois et des arbres anciens. Ils sont l'emblème vivant de la valeur du bois mort.

 

Et ils disparaissent. Le lucane est protégé au niveau européen, mais il recule, victime d'une seule chose : la disparition de son garde-manger. On dessouche, on arrache les vieux arbres, on évacue le moindre tronc mort « pour faire propre », on rase les haies du bocage. Plus de bois mort, plus de lucanes.

 

Comment l'aider : garder une vieille souche au lieu de la dessoucher, laisser un tas de bûches ou de branches mortes dans un coin, préserver les arbres âgés, et — si tu en croises un — le signaler aux enquêtes participatives qui suivent l'espèce.

 

 Ce dragon de nos jardins ne te veut aucun mal. Il recycle le bois et nourrit les oiseaux. Laisse-le voler dans la lumière du soir.


Notre Conscience

 




Caustique