Je n'ai
rien séparé mais j'ai doublé mon Cœur
D'aimer,
j'ai tout créé : Réel, Imaginaire,
J'ai
donné sa raison, sa Forme, sa Chaleur
Et son
rôle immortel à celle qui m'éclaire.
Paul
Éluard
Je n'ai
rien séparé mais j'ai doublé mon Cœur
D'aimer,
j'ai tout créé : Réel, Imaginaire,
J'ai
donné sa raison, sa Forme, sa Chaleur
Et son
rôle immortel à celle qui m'éclaire.
Paul
Éluard
Je t’aime
Je t’aime
pour toutes les femmes
Que je
n’ai pas connues
Je t’aime
pour tout le temps
Où je
n’ai pas vécu
Pour
l’odeur du grand large
Et
l’odeur du pain chaud
Pour la
neige qui fond
Pour les
premières fleurs
Pour les
animaux purs
Que
l’homme n’effraie pas
Je t’aime
pour aimer
Je t’aime
pour toutes les femmes
Que je
n’aime pas
Qui me
reflète sinon toi-même
Je me
vois si peu
Sans toi
je ne vois rien
Qu’une
étendue déserte
Entre
autrefois et aujourd’hui
Il y a eu
toutes ces morts
Que j’ai
franchies
Sur de la
paille
Je n’ai
pas pu percer
Le mur de
mon miroir
Il m’a
fallu apprendre
Mot par
mot la vie
Comme on
oublie
Je t’aime
pour ta sagesse
Qui n’est
pas la mienne
Pour la
santé je t’aime
Contre
tout ce qui n’est qu’illusion
Pour ce
cœur immortel
Que je ne
détiens pas
Que tu
crois être le doute
Et tu
n’es que raison
Tu es le
grand soleil
Qui me
monte à la tête
Quand je
suis sûr de moi
Quand je
suis sûr de moi
Tu es le
grand soleil
Qui me
monte à la tête
Quand je
suis sûr de moi
Quand je
suis sûr de moi
Paul
Eluard
Sur mes
cahiers d’écolier
Sur mon
pupitre et les arbres
Sur le
sable sur la neige
J’écris
ton nom
Sur la
jungle et le désert
Sur les
nids sur les genêts
Sur
l’écho de mon enfance
J’écris
ton nom
Sur
chaque bouffée d’aurore
Sur la
mer sur les bateaux
Sur la
montagne démente
J’écris
ton nom
Sur les
sentiers éveillés
Sur les
routes déployées
Sur les
places qui débordent
J’écris
ton nom
Sur mes
refuges détruits
Sur mes
phares écroulés
Sur les
murs de mon ennui
J’écris
ton nom
Et par le
pouvoir d’un mot
Je
recommence ma vie
Je suis
né pour te connaître
Pour te
nommer
Liberté."
Paul
Eluard (1942)