samedi 11 avril 2026

" Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? "

 




" Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? "

 

Drôle de question.

Toujours la même. Toujours posée

Comme on plante un clou dans un mur déjà fissuré.

 

Moi, j’ai envie de répondre autre chose.

Pas leur réponse propre, bien rangée,

Avec un titre, un statut, une case.

 

J’ai envie de dire :

 

Moi, dans la vie, je me promène.

Je traîne un peu trop

 Longtemps sous les arbres,

Je regarde la lumière passer

 Entre les branches comme si elle

 Avait quelque chose à me dire.

 

Je m’occupe de ma maison.

Pas comme un propriétaire…

Comme un type qui essaie de garder

Debout un bout de paix au milieu du vacarme.

 

Je m’occupe de mes animaux.

Eux, au moins, ne demandent 

Pas ce que je “fais dans la vie”.

Ils s’en foutent.

Ils savent.

 

Je tourne autour de ma vieille voiture,

Collecteur comme le propriétaire 

Je la regarde comme on regarde

 Une Femme qu’on a aimée 

Trop longtemps pour l’oublier.

 

Je lis mes livres mes Bd 

je trie mes vieux vinyles

Je mélange des sons sur mes platines,

Parfois ça grince, parfois ça décolle,

Mais au moins, ça respire.

 

Je parle avec des gens.

Des vrais.

Pas ceux qui comptent 

Leurs mots comme des billets.

 

Je m’émerveille encore.

Oui, ça existe encore.

Même à mon âge.

 

Je profite.

Je vis.

 

Mais non.

Ce n’est pas ça qu’ils veulent.

 

Ce qu’ils veulent, c’est une étiquette.

Un métier.

Un truc qui tient sur une ligne,

Qui rassure, qui classe.

 

" Retraité " 

Petite retraite

Pauvre

Inactif pour la société

Et alors.

 

Et là, tu vois leurs yeux.

Ça calcule.

Ça te descend où ça t’oublie.

Comme si ta vie venait de perdre

 De la valeur en trois syllabes.

 

Parce que dans leur monde,

Si tu ne produis plus,

Tu n’existes plus vraiment.

Si tu ne consomme pas 

Tu n’existes plus vraiment

 

Alors la vraie question derrière la leur,

 Elle est là, planquée, minable :

 

" T’es quoi dans la hiérarchie ?

Je suis au-dessus ou en dessous ? "

 

Pathétique.

 

On a transformé la vie en classement,

Les hommes en curriculum vitae, et

Les rencontres en comparaisons silencieuses.

 

Et le pire…

C’est qu’ils n’y voient même pas le problème.

 

Ils avancent, bien dressés,

Bien rangés,

Bien vides parfois.

 

Moi, je les regarde, et

Je me dis qu’ils sont passés à côté du truc.

 

Pas de l’argent.

Pas du boulot.

 

Du reste.

 

Du vent dans les sapins.

Du silence qui fait du bien.

D’un chien qui dort tranquille.

D’un disque qui tourne dans la nuit.

 

De la vie, quoi.

 

Mais ça,

Ça ne rentre dans aucune case.

 

Et peut-être que c’est ça qui les dérange le plus.

Eux si vide de culture, de plaisir, de Passion 



" Si un homme ne suit pas le rythme de ses compagnons, 

C’est peut-être parce qu‘il entend un battement différent. 

Laissez-le marcher sur la musique qu‘il entend, 

Quelle que soit sa mesure ou tempo".


  Henry David Thoreau


Une simple réflexion partagée,

Signé Ours du Forez

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Avril  2026