" J’ai dit
que l’automne et l’hiver étaient nos saisons les plus gaies ; j’ai toujours
aimé passionnément l’hiver à la campagne, et je n’ai jamais compris le goût des
riches, qui a fait de Paris le séjour des fêtes dans la saison de l’année la
plus ennemie des bals, des toilettes et de la dissipation. C’est au coin du feu
que la nature nous convie en hiver à la vie de famille, et c’est aussi en
pleine campagne que les rares beaux jours de cette saison peuvent se faire
sentir et goûter. Dans les grandes villes de nos climats, cette affreuse boue,
puante et glacée, ne sèche presque jamais. Aux champs, un rayon de soleil ou
quelques heures de vent rendent l’air sain et la terre propre. Les pauvres
prolétaires des cités le savent bien, et ce n’est pas pour leur agrément qu’ils
restent dans ce cloaque. La vie factice et absurde de nos riches s’épuise à
lutter contre la nature. Les riches Anglais l’entendent mieux : ils passent
l’hiver dans leurs châteaux. "
George Sand, extrait de l'Histoire de ma vie,
chapitre dixième, tome II, édition
Wolfgang Gerhard, 1855.
