dimanche 11 janvier 2026

Est-on libre ?

 



Est-on libre ?

 

On croit que la liberté commence quelque part sur la route,

Phares allumés, musique trop forte,

La nuit qui avale les kilomètres

Et la solitude qui fait semblant d’être une compagne.

 

Mais c’est un mensonge propre.

Sur cette planète, on arrive déjà attachés.

À la naissance, tout est presque joué.

 

Certains héritent d’un visage qui ouvre les portes

Avant même qu’ils aient parlé.

La beauté

Ce passe-droit silencieux

Qui fait pardonner la connerie,

Le vide,

La médiocrité.

D’autres portent un physique ingrat

Comme une faute originelle,

Condamnés à prouver dix fois plus

Pour obtenir la moitié.

 

Et puis il y a la maladie.

Celle qui te ronge tôt,

Celle qui t’affaiblit quand tu devrais courir.

Combien de mômes connaissent mieux

L’odeur des hôpitaux

Que celle des cahiers neufs ?

Combien apprennent la douleur

Avant les tables de multiplication ?

 

La liberté, pour eux,

C’est déjà survivre.

 

On n’est pas égaux face aux cartes.

Certains ont le jeu complet :

La santé, la gueule, l’argent, le réseau,

Le bon cerveau au bon moment.

D’autres tirent des mains pourries

Et doivent bluffer toute leur vie

Juste pour rester debout.

 

On se raconte que le mérite suffit.

Mensonge confortable.

La vérité, c’est que tout le monde triche,

Même ceux qui jurent ne jamais avoir regardé le jeu.

 

On est enchaînés à nos pulsions,

À nos passions qui dévorent,

À nos besoins qui dictent la route.

À la peur surtout.

À ce boulot qu’on subit

Ou qu’on serre comme une bouée trouée.

À la pauvreté qui use

Ou à la richesse qui anesthésie.

 

Même l’intelligence est une laisse.

Le QI,

La débrouillardise à la limite de l’arnaque,

Le talent de camelot pour vendre des illusions.

L’ambition, cette cellule capitonnée

Où l’on s’enferme volontairement

En jetant la clé par la fenêtre.

 

La nuit, la musique aide à tenir.

Quelques notes suffisent parfois

À faire croire qu’on respire encore.

Mais quand le silence revient,

Il reste les souvenirs,

Les rêves avortés,

Les amours du passé

Qui te rappelle ce que tu n’as pas su garder.

 

Non,

On n’est jamais vraiment libres.

On avance simplement sur la route

Avec nos chaînes bien rangées,

En espérant qu’un instant de beauté

Un regard,

Une chanson,

Un lever de jour sur l’asphalte mouillé

Fasse croire,

Ne serait-ce qu’un moment,

Que tout ça avait un sens.

 

 La vie ne distribue pas les mêmes cartes à tout le monde.

Certains naissent avec la santé, la beauté et la route dégagée.

D’autres apprennent très tôt la douleur,

 La solitude et les murs blancs des hôpitaux.

On appelle ça le destin pour ne pas dire l’injustice.

Et la liberté, au fond,

C’est juste la façon dont chacun joue

Avec une main qu’il n’a jamais choisie.


    Une simple réflexion partagée,

Signé Ours du Forez

© copyright Ours du Forez

Janvier  2026