Est-on
libre ?
On croit
que la liberté commence quelque part sur la route,
Phares
allumés, musique trop forte,
La nuit
qui avale les kilomètres
Et la
solitude qui fait semblant d’être une compagne.
Mais
c’est un mensonge propre.
Sur cette
planète, on arrive déjà attachés.
À la
naissance, tout est presque joué.
Certains
héritent d’un visage qui ouvre les portes
Avant
même qu’ils aient parlé.
La beauté
Ce
passe-droit silencieux
Qui fait
pardonner la connerie,
Le vide,
La
médiocrité.
D’autres
portent un physique ingrat
Comme une
faute originelle,
Condamnés
à prouver dix fois plus
Pour
obtenir la moitié.
Et puis
il y a la maladie.
Celle qui
te ronge tôt,
Celle qui
t’affaiblit quand tu devrais courir.
Combien
de mômes connaissent mieux
L’odeur
des hôpitaux
Que celle
des cahiers neufs ?
Combien
apprennent la douleur
Avant les
tables de multiplication ?
La
liberté, pour eux,
C’est
déjà survivre.
On n’est
pas égaux face aux cartes.
Certains
ont le jeu complet :
La santé,
la gueule, l’argent, le réseau,
Le bon
cerveau au bon moment.
D’autres
tirent des mains pourries
Et
doivent bluffer toute leur vie
Juste
pour rester debout.
On se
raconte que le mérite suffit.
Mensonge
confortable.
La
vérité, c’est que tout le monde triche,
Même ceux
qui jurent ne jamais avoir regardé le jeu.
On est
enchaînés à nos pulsions,
À nos
passions qui dévorent,
À nos
besoins qui dictent la route.
À la peur
surtout.
À ce
boulot qu’on subit
Ou qu’on
serre comme une bouée trouée.
À la
pauvreté qui use
Ou à la
richesse qui anesthésie.
Même
l’intelligence est une laisse.
Le QI,
La
débrouillardise à la limite de l’arnaque,
Le talent
de camelot pour vendre des illusions.
L’ambition,
cette cellule capitonnée
Où l’on
s’enferme volontairement
En jetant
la clé par la fenêtre.
La nuit,
la musique aide à tenir.
Quelques
notes suffisent parfois
À faire
croire qu’on respire encore.
Mais
quand le silence revient,
Il reste
les souvenirs,
Les rêves
avortés,
Les
amours du passé
Qui te rappelle
ce que tu n’as pas su garder.
Non,
On n’est
jamais vraiment libres.
On avance
simplement sur la route
Avec nos
chaînes bien rangées,
En
espérant qu’un instant de beauté
Un
regard,
Une
chanson,
Un lever
de jour sur l’asphalte mouillé
Fasse
croire,
Ne
serait-ce qu’un moment,
Que tout
ça avait un sens.
La vie ne distribue pas les mêmes cartes à
tout le monde.
Certains
naissent avec la santé, la beauté et la route dégagée.
D’autres apprennent très tôt la douleur,
La solitude et les murs blancs des hôpitaux.
On
appelle ça le destin pour ne pas dire l’injustice.
Et la
liberté, au fond,
C’est
juste la façon dont chacun joue
Avec une
main qu’il n’a jamais choisie.
Une simple réflexion partagée,
© copyright Ours du Forez
Janvier 2026
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