L’ennui
ne me fait aucune peur. Il y a morsure plus douloureuse : le chagrin de ne pas
partager avec un être aimé la beauté des moments vécus. La solitude : ce que
les autres perdent à n’être pas auprès de celui qui l’éprouve. A Paris, avant
le départ, on me mettait en garde. L’ennui constituerait mon ennemi mortifère !
J’en crèverais ! J’écoutais poliment. Les gens qui parlaient ainsi avaient le
sentiment de constituer à eux seuls une distraction formidable. Réduit à moi
seul, je me nourris, il est vrai, de ma propre substance, mais elle ne s’épuise
pas… écrit Rousseau dans les Rêveries.
Sylvain
Tesson, Dans les forêts de Sibérie.
