Un jour
une fatigue insupportable prend possession de nos corps et de nos pensées. Ce
n'est pas une maladie, et cela n'a rien à voir avec l'âge, les voyages, un
chagrin, c'est une inaptitude soudaine à espérer. Comme si, soudain, le monde
n'était plus la fabuleuse devanture devant laquelle il y avait eu un plaisir
extrême à flâner et à désirer. Cette fatigue n'est pas une fatigue, c'est un
ennui, une mélancolie sans cause, indéfinissable, provoquée par rien. Comme si
le cerveau et les rêves avaient perdu la suite du programme, ou étaient
définitivement parvenus à la fin de celui-ci.
Yves
Simon, La manufacture des rêves.
