Notre
monde est en train de beaucoup changer : il se construit peu à peu
émotionnellement avec des réactions qui relèvent de la transmission immédiate
de la perception de l'émotion, d'où le buzz, le tweet... On réagit
immédiatement à un événement sans en analyser la portée, la densité,
l'effrayant ou la magie. On perçoit, me semble-t-il, de moins en moins la
capacité qu'ont à nous construire les événements que nous traversons. J'ai
l'impression que c'est à celui qui va être égratigné le plus vite, qui va crier
le plus vite parce qu'il a été égratigné, et que personne ne va réfléchir au
fond sur ce qui se passe ou sur ce qui vient de se passer. C'est comme s'il
fallait sans cesse lever le doigt à tout prix et à toute vitesse.
À force,
on émousse la sensibilité mais surtout la réflexion. D'où cette incroyable et
fameuse primarité devant les réactions. Et si on ironise sur le fait, on prive
les autres de leur réaction, donc on est considéré comme un ennemi. Il me
semble qu'il y a perte de l'humour et du sarcasme. Tout devient interdit. C'est
une maladie ultracontemporaine.
Olivier
de Kersauson
