S'il y a
un Dieu, il est caché, il est ailleurs, il est hors du temps, il n'obéit pas à
nos lois et nous ne pouvons rien dire de lui. Nous ne pouvons décréter ni qu’il
n’existe, ni qu'il n'existe pas. Nous avons seulement le droit d'espérer qu'il
existe. S'il n'existe pas, notre monde est absurde. S'il existe, mourir devient
une fête et la vie, un mystère...
Je
m'amuse de cette vie qui se réduit à presque rien s'il en existe une autre.
Les malheurs, trop réels, les ambitions, les
échecs, les grands desseins, et les passions elles-mêmes si douloureuses et si
belles, changent un peu de couleurs. Avec souvent quelques larmes, je me mets à
rire de presque tout.
Les
imbéciles et les méchants ont perdu leur venin. Pour un peu, je les aimerais.
Une espèce de joie m'envahit. je n'ai plus peur de la mort puisqu'il n'est pas
interdit d'en attendre une surprise. Je remercie je ne sais qui de m'avoir jeté
dans une histoire dont je ne comprends pas grand-chose mais que je lis comme un
roman difficile à quitter et que j'aurai beaucoup aimé.
J'ignore
s'il y a un Dieu ailleurs, autre chose après la mort, un sens à cette vie et à
l'éternité, mais je fais comme si ces promesses étaient déjà tenues et ces
espérances, réalisées. Et je souhaite avec confiance qu'une puissance inconnue
veille, de très loin, mais beaucoup mieux que nous, sur ce monde et sur moi.
Jean d'Ormesson
Qu’ai-je fait ?
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