samedi 9 mai 2026

“Deux Horizons Dans Le Brouillard”

 




“ Nous ne rencontrons jamais 

Quelqu’un pour devenir identiques.

 Nous marchons seulement côte à côte, 

Avec nos blessures, nos silences 

Et nos horizons différents… 

En essayant de ne pas nous perdre avant la nuit.”


Il y a des gens qui passent leur vie entière

À croire qu’ils regardent tous le même ciel.

Même soleil, mêmes rues, mêmes verres au comptoir,

Mêmes nuits qui sentent la fatigue froide

Et les cigarettes écrasées.

Mais c’est faux.

 

Chacun traîne son propre horizon derrière les yeux.

Un horizon cabossé par les coups reçus, 

Les silences avalés, les départs qu’on n’a jamais

 Digérés et les rêves qu’on a laissés 

Mourir dans un coin de chambre humide.

 

On avance tous avec cette vieille valise invisible.

Dedans, il y a les cicatrices de l’enfance, 

Quelques illusions encore vivantes, des regrets

 Qui grincent comme des ressorts rouillés, 

Et parfois une poignée de lumière qu’on protège

 Comme un chien battu protège son os.

 

Et puis on rencontre quelqu’un.

C’est là que le cirque commence.

 

Parce qu’on croit toujours que l’amour,

L’amitié ou même le désir vont

Miraculeusement aligner deux êtres.

Quelle foutue blague.

Deux êtres ne s’alignent jamais vraiment.

Ils essaient seulement de ne pas se détruire trop vite.

 

L’un a appris à survivre dans le bruit,

 L’autre dans le silence.

L’un réclame des bras, 

L’autre de l’espace.

L’un parle pour ne pas sombrer,

 L’autre se tait pour rester vivant.

 

Et malgré ça…

Malgré tout ce bordel humain, il arrive parfois

 Qu’on reste assis à côté de quelqu’un assez 

Longtemps pour comprendre sa fatigue.

Pas totalement.

Juste assez pour arrêter de vouloir le transformer.

 

C’est peut-être ça, le vrai lien.

Pas cette fusion ridicule vendue dans

 Les chansons pour ivrognes sentimentaux.

Mais la capacité de regarder les blessures

 De l’autre sans immédiatement vouloir

 Les corriger ou les utiliser contre lui plus tard.

 

Les relations humaines ressemblent à deux

 Vieux paquebots perdus dans le brouillard.

Ils essaient de naviguer côte à côte sans couler,

 Sans se percuter, sans perdre leur propre cap.

Parfois ils y arrivent quelques années.

Parfois quelques nuits seulement.

 

Il y a des gens qui deviennent des miroirs.

Ils révèlent ce qu’on cachait sous des couches

 D’orgueil, d’habitudes et de faux sourires.

Et il y en a d’autres qui resteront à jamais des énigmes.

Même après avoir partagé leur lit,

Leurs larmes et leurs dimanches pluvieux.

 

C’est ça qui est beau et cruel à la fois.

On ne possède jamais vraiment personne.

On marche seulement un moment ensemble

 Au bord de deux horizons différents.

 

Trouver un équilibre, ce n’est pas devenir identique.

C’est accepter qu’il y aura toujours une

Distance impossible à combler entièrement.

Une frontière invisible entre deux êtres.

Et continuer malgré tout à tendre la main.

 

Parce qu’au fond, dans ce monde rempli de bruit,

De mensonges polis et de gens

Qui jouent des rôles jusqu’à l’épuisement…

Le véritable miracle, c’est peut-être simplement

 De trouver quelqu’un avec qui le silence ne fait pas peur.


Et ça…

Ça vaut plus que toutes les promesses du monde.


 Une simple réflexion partagée,

Signé Ours du Forez

© copyright Ours du Forez

Mai  2026