Je ne
suis pas fascinée
Par les
gens qui sourient
Tout le
temps...
Mais la
façon dont les gens regardent quand ils sont
Perdus
dans la pensée.
Quand
leur visage devient grave ou en colère,
Quand ils
se mordent la lèvre,
La façon
dont ils jettent
Des
regards, la façon dont
Ils
regardent vers le bas
Quand ils
marchent,
Quand ils
sont seuls et
Fument une cigarette,
Quand ils
sourient en coin,
La façon
dont ils essaient
De
retenir leurs larmes,
La voie
quand leur visage dit
Qu’il
veut dire quelque chose
Mais ne
peuvent pas...
La façon
dont ils regardent quelqu’un qu’ils ont envie d’aimer...
J’aime la
façon dont les gens regardent quand ils font ces choses...
« On n’a
jamais fait grandir avec des principes.
On ne fait pas pousser une fleur avec des idées sur la botanique,
Mais avec de l’eau,
de la lumière et de la patience, au jour le jour.
On
transmet à un enfant ce qu’on est à jamais ce qu’on croit qu’il faut être.
On est
élevé par des gens
Qui ont
été enfants : c’est donc leur enfance à eux qui nous élève.
Faire
sans cesse l’effort de penser à qui est devant toi, lui porter une attention
réelle, soutenue, ne pas oublier une seconde que celui ou celle avec qui tu
parles vient d’ailleurs, que ses goûts, ses pensées et ses gestes ont été
façonnés par une longue histoire, peuplée de beaucoup de choses et d’autres
gens que tu ne connaîtras jamais.
Te
rappeler sans arrêt
Que celui ou celle que tu regardes ne te doit rien,
Ce n’est pas une partie de ton monde,
il n’y a personne dans ton monde, pas même toi.
Cet exercice mental - qui mobilise la pensée et aussi l’imagination
Est un peu
austère, mais il te conduit à la plus grande jouissance qui soit :
Aimer
celui ou celle qui est devant toi,
L’aimer d’être ce qu’il est, une énigme
Et non
pas d’être
Ce que tu
crois,
Ce que tu
crains,
Ce que tu
espères,
Ce que tu
attends,
Ce que tu
cherches,
Ce que tu
veux. »
Christian
Bobin
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