dimanche 22 février 2026

Aimer lire…

 



Lire, cela s’apprend à l’école.

Aimer lire…

Le temps de lire est toujours du temps volé. 

(Tout comme le temps d’écrire, d’ailleurs, ou le temps d’aimer.)

Volé à quoi ?

Disons, au devoir de vivre.

C’est sans doute la raison pour laquelle le métro – symbole rassis dudit devoir – se trouve être la plus grande bibliothèque du monde.

Le temps de lire, comme le temps d’aimer, dilatent le temps de vivre.

Si on devait envisager l’amour du point de vue de notre emploi du temps, qui s’y risquerait ? Qui a le temps d’être amoureux ? A-t-on jamais vu, pourtant, un amoureux, ne pas prendre le temps d’aimer ?

Je n’ai jamais eu le temps de lire, mais rien, jamais, n’a pu m’empêcher de finir un roman que j’aimais. La lecture ne relève pas de l’organisation du temps social, elle est comme l’amour, une manière d’être.

La question n’est pas de savoir si j’ai le temps de lire ou pas (temps que personne, d’ailleurs, ne me donnera), mais si je m’offre ou non le bonheur d’être lecteur.


Daniel Pennac, Comme un roman (1992).