dimanche 24 mai 2026

“Chienne de putain de vie”

 




“ Le pire dans la vieillesse, ce ne sont pas les rides… 

Ce sont les rêves qu’on a laissés mourir avant nous. ”



Le temps te gifle sans prévenir.

Un matin tu te regardes dans la glace,

Et ce n’est plus le type de trente ans

Qui rêvait de bouffer la route

En travers dans une caisse de rallye,

Une clope au bec et du son à 140 BPM dans les oreilles.

Non.

C’est un autre gars.

Les traits tirés.

Les épaules un peu plus lourdes.

Le regard fatigué de ceux qui

 Ont trop attendu le “bon moment”.

 

Chienne de putain de vie.

 

Les années ont filé comme des 

Kilomètres d’autoroute sous la pluie.

Tu pensais avoir le temps.

Le temps de vivre.

Le temps d’aimer.

Le temps de danser jusqu’à cinq heures du matin

 Avec les lumières qui brûlaient les yeux et les basses

 Qui faisaient battre le cœur plus fort que la raison.

 

Et puis la vie a fait son boulot de charogne.

 

Le travail.

Les factures.

Les gosses.

Les emmerdes.

Les trahisons.

Les faux amis.


Les femmes qui te jurent que tu es l’homme de leur vie

 Avant de disparaître avec un autre dans un SUV payé à crédit.

 

Tu cours pendant cinquante ans sans comprendre pourquoi.

Comme un chien derrière une voiture.

Tu bosses comme un damné pour acheter

 Une baraque que la banque possède encore plus que toi.

Tu prends cinq semaines de vacances

Pour aller respirer ailleurs avant de

Retourner crever lentement dans la même routine.

 

Et malgré tout ça…

Il reste des rêves accrochés quelque part.

Des rêves cabossés mais vivants.

Le rallye.

Les nuits de danse.

La musique qui cognait dans les tripes.

Les femmes qu’on aurait dû aimer plus fort.

Les routes qu’on n’a jamais prises.

 

C’est ça le pire.

 

Pas les rides.

Pas les cheveux blancs.

Pas le souffle court quand tu coupes du bois

 Ou que tu portes quelque chose de trop lourd.

 

Non.

 

Le pire, c’est les choses qu’on a laissées mourir en silence.

 

Parfois j’aimerais que le temps s’arrête une minute.

Juste une.

Retrouver un printemps perdu

Quelque part entre deux souvenirs.

Revoir les copains encore vivants.

Rentrer dans un vieux bar où personne

 N’avait encore mal au dos ni peur de demain.

 

Mais le printemps s’efface toujours.

 

Tu passes de trente ans à quarante sans comprendre.

Puis cinquante arrive comme un huissier qui frappe à la porte.

Et après ça… 60 berges

Tu sens déjà l’hiver respirer derrière toi.

 

Les enfants s’en vont.

Le téléphone sonne moins.

Les visites deviennent rares.

Tu sors moins souvent parce que

 Dehors tout paraît plus faux qu’avant.

Les vieux deviennent invisibles

Dans cette époque qui adore

Seulement ce qui brille encore.

 

C’est pareil pour toutes les vieilles barges comme nous.

 

Et côté amour…

Quelle drôle de comédie.

 

Les femmes de notre âge regardent

Parfois des types de quinze ans de moins.

Et franchement, je les comprends presque.

Elles aussi veulent sentir une dernière fois

 Le feu dans leurs veines avant que tout s’éteigne.

Elles veulent encore rire fort, danser tard,

Baiser sans penser au lendemain

 Ni aux douleurs dans les articulations.

 

Nous sommes tous des condamnés

 Qui essaient d’oublier la sentence.

 

Alors certains s’acharnent à paraître jeunes.

D’autres abandonnent déjà.

Ils s’assoient devant la télévision

Avec une bière tiède et regardent

Leur vie partir comme un train raté.

 

Et puis il y a ceux qui continuent malgré tout.

 

Ceux qui remettent de la musique.

Ceux qui repartent voir les montagnes.

Ceux qui aiment encore les moteurs, les chiens,

Les forêts, les nuits fraîches et les femmes imparfaites.

Ceux qui savent que tout fout le camp mais qui décident

 Quand même de rallumer une dernière cigarette au bord du vide.

 

Parce qu’au fond, tant qu’on respire encore,

il reste une foutue étincelle.

 

Même minuscule.

 

Et peut-être que la seule vraie victoire

 Dans cette chienne de vie,

Ce n’est pas de réussir.

Ni d’être riche.

Ni même d’être aimé.

 

Peut-être que la victoire, c’est simplement

 De ne pas devenir complètement

 Mort avant d’être incinéré


   Une simple réflexion partagée,

Signé Ours du Forez

© copyright Ours du Forez

Mai  2026