Il est
sur Terre deux races d'Hommes.
La
première - d'un nombre étouffant - se contente d'assouvir les besoins
élémentaires de l'existence. Les préoccupations matérielles, les soucis
familiaux bornent son champ. L'amour, parfois, y projette son ombre, mais
strictement égoïste et ramené à l'échelle du reste.
L'autre
race, quoique soumise au joug de la faim, du plaisir charnel et de la
tendresse, porte plus loin et plus haut son ambition. Pour s'épanouir et
simplement pour respirer, elle a besoin d'un climat plus beau, plus pur et
spirituel. Il lui faut dénouer les limites ordinaires, exalter l'être au-delà
de lui-même. Le soumettre à quelque grande force invisible et le hausser
jusqu'à elle. La pauvreté de l'homme la blesse, la désespère. L'inaccessible
seul l'attire comme le rachat et la victoire de l'humaine condition.
Joseph
Kessel
