" Il n'est
pas bon d'être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ca vous donne de mauvaises
habitudes. On croit que c'est arrivée. On croit que ça existe ailleurs, que ça
peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec
l'Amour maternel, la vie vous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient
jamais. On est ensuite obligé de manger froid jusqu'à la fin de ses jours.
Après cela, chaque fois qu'une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur
son cœur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours gueuler sur
la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus. Jamais plus. Jamais
plus. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très
douces vous parlent d'Amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passés à la
source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez
beau vous jeter de tous les côtés, il n'y a plus de puits, il n'y a que des
mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l'aube, une étude très serrée
de l'Amour et vous avez sur vous de la documentation. Partout où vous allez,
vous portez en vous le poison des comparaisons et vous passez votre temps à
attendre ce que vous avez déjà reçu. Je ne dis pas qu'il faille empêcher les
mères d'aimer leurs petits. Je dis simplement qu'il vaut mieux que les mères
aient encore quelqu'un d'autre à aimer. Si ma mère avait eu un amant, je
n'aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine. "
La
Promesse de l'Aube de Romain Gary.
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