" Je suis comme Vous , la Chasse m'empoisonne l’Automne "
M . Yourcenar
Chasseurs : et si le problème n’était plus la chasse,
Mais ceux qui tiennent le fusil ?
Depuis
des décennies, la chasse bénéficie d’une incroyable indulgence. On peut traquer
un animal, le terroriser, le blesser et l’abattre, puis revendiquer dans le
même souffle un amour profond de la nature. On peut transformer la mort en
loisir et se présenter comme un écologiste. On peut posséder une arme, pénétrer
dans les bois et les campagnes, y imposer sa violence, puis exiger le respect
au nom de la « tradition ».
Et
malheur à celui qui ose poser une question.
Car
immédiatement, la machine cynégétique se met en marche. La chasse serait
indispensable. Les chasseurs seraient les premiers écologistes de France. Sans
eux, la nature sombrerait dans le chaos. Ils seraient des « régulateurs », des
« gestionnaires », des « amoureux de la biodiversité ».
Voilà
précisément l’un des grands intérêts de mon livre La Triade noire, une lecture
psychiatrique de la chasse et des chasseurs : oser déconstruire ce discours.
Le livre
avance une thèse volontairement dérangeante. Certains traits associés à ce que
la psychologie appelle la « triade sombre » — narcissisme, machiavélisme et
psychopathie — pourraient offrir une grille de lecture pour interroger le
rapport de certains individus à la domination, à la manipulation et à la
souffrance d’autrui, y compris dans le contexte de la chasse.
Voilà la
question que les défenseurs de la chasse préfèrent éviter.
Car si
tuer était une nécessité, pourquoi tant de chasseurs parlent-ils de « passion »
? Pourquoi cette excitation ? Pourquoi cette mise en scène de la performance ?
Pourquoi ces trophées, ces photographies, ces récits glorifiant la traque et la
mise à mort ?
On ne peut pas éternellement cacher
La violence derrière des mots.
Le cerf
n’est pas « prélevé » : il est tué.
Le
sanglier n’est pas « régulé » : il est abattu.
Le renard
n’est pas « géré » : il est pourchassé.
Le
vocabulaire cynégétique est devenu une formidable entreprise d’anesthésie
morale. Il ne décrit plus la réalité : il la maquille.
Et c’est
peut-être là que réside la plus grande imposture.
Les
chasseurs réclament le monopole du discours sur la nature tout en participant à
la destruction d’êtres vivants qui la composent. Ils se proclament défenseurs
de la biodiversité tout en faisant du fusil l’un des instruments de leur
relation au monde sauvage. Ils invoquent la tradition comme si l’ancienneté
d’une pratique suffisait à la rendre moralement acceptable.
Mais l’histoire de l’humanité est remplie de
Traditions auxquelles nous avons
heureusement renoncé.
L’esclavage
était une tradition.
La
torture était une tradition.
La
domination des femmes était une tradition.
Une
tradition n’est pas un argument. C’est simplement une habitude suffisamment
ancienne pour que certains aient cessé de la remettre en question.
La chasse
appartient à cette catégorie de pratiques que notre société tolère encore par
inertie culturelle et par influence politique. Pourtant, le monde change. Notre
connaissance de la sensibilité animale progresse. Notre rapport au vivant
évolue. Et une question devient de plus en plus impossible à contourner :
pourquoi continuer à accorder à certains le droit de tuer des animaux
lorsqu’aucune nécessité vitale ne l’exige ?
Le véritable débat n’est donc plus de savoir
Comment rendre la chasse « plus
responsable ».
On ne rend pas la mise à mort ludique moralement
Acceptable en lui ajoutant des
règles.
Le véritable débat est de savoir combien de
Temps encore notre société acceptera
De confondre violence et tradition.
La Triade
noire n’apporte peut-être pas des réponses définitives à toutes les questions
qu’il soulève. Mais il possède un mérite considérable : celui de refuser le
silence et la complaisance.
Car il
est temps d’inverser la question.
Pendant des années, les chasseurs ont demandé
Aux opposants à la chasse de justifier
leur indignation.
Désormais, c’est à ceux qui veulent continuer à
Tuer pour le loisir de justifier leur
pratique.
Et il
sera de plus en plus difficile de le faire.
Car derrière les grands mots tradition, régulation,
Ruralité, gestion demeure une
Réalité d’une simplicité brutale :
n être vivant fuit. Un humain le poursuit.
Un coup de feu retentit. L’animal meurt.
Tout le
reste n’est que mauvaise littérature.
Et si, finalement, la meilleure manière de « soigner »
Cette société de son archaïsme était tout simplement
De lui retirer le droit de tuer pour le plaisir ?
Abolir la
chasse de loisir ne serait pas une attaque contre la nature.
Ce serait
peut-être, enfin, une manière de commencer à la respecter.
Un très bon texte qui résume bien le problème
Source internet
La chasse "En enclos"... Un autre scandale Du coup,
les chasseurs ne peuvent pas sortir le prétexte à
La régulation d'une espèce en surnombre ?!
Conclusion, c'est bien le
sadisme qui les motive.
Une citation pour un triste résumé de cette période
" Si quelque chose m'a toujours profondément écœuré
Chez l'homme, c'est bien de voir comment sa cruauté
Sa bassesse et son esprit borné parviennent
A revêtir le masque du
lyrisme. "
Milan
Kundera " La Valse aux adieux

