" Je
lui demandais comment elle faisait pour supporter ces déboires qui
s'accrochaient à elle comme des revenants. Elle me répondait d'une voix limpide
: "On fait avec. Le temps s'arrange pour rendre les choses vivables.
Alors, on oublie et on se persuade que le pire est derrière soi. Bien sûr, le
gouffre nous rattrape parfois et on tombe dedans. mais curieusement, dans la
chute, on éprouve une sorte de paix intérieure. On se dit c'est ainsi, et c'est
tout. On pense aux gens qui souffrent et on compare nos douleurs. On supporte
mieux la nôtre après. Il faut bien se mentir. On se promet de se ressaisir, de
ne pas retomber dans le gouffre. Et si, pour une fois, on parvient à se retenir
au bord du précipice, on trouve la force de s'en détourner. On regarde ailleurs,
autre chose que soi. Et la vie reprend ses droits, avec ses hauts et ses bas.
On a beau acheter ou se vendre, on est que des locataires sur terre. On ne
détient pas grand-chose finalement. Et puisque rien ne dure, pourquoi s'en
faire ? Quand on atteint cette logique, aussi bête soit-elle, tout devient
tolérable. Et alors, on se laisse aller, et ça marche."
Extrait
de " Les anges meurent de nos blessures " de Yasmina Khadra
